Introspection passagère - métroland

Introspection passagère - métroland
Descente au trente-sixième dessous en cet après midi pluvieux. Le moral, seule mouvance pouvant faire avancer l'être humain, est redescendu à même le sol. Et son philtre vital se vautre ainsi, piétiné lourdement par ma propre existence. Les angoisses existentielles, tel un dangereux fumet mortel, remontent progressivement jusqu'à que mon odorat ne puisse sans dépêtrer. Oui, me voici saisi d'une anxiété tenace et opiniâtre. J'appréhende le lendemain... je redoute ce qui me fait vivre matériellement : le travail. Oui, je n'en puis plus, je sature, j'exècre cette activité, cette logique qui devrait conditionner l'être humain à la plus monstrueuse des taches: gagner de petites icônes de papier chiffrées, pure invention de nos semblables, pour pouvoir assurer son existence, vivre sans exister. Car l'existence est rebelle, n'exigeant qu'une seule et unique chose pourtant, mais une chose si lointaine et si compliquée à atteindre, à savoir: la postérité. Unique preuve d'un passage sur Terre. Oui, je ne fais que vivre. La répétition remontera sur son trône demain. Refaire ce qui ne nous émeut pas, ce qui ne nous touche plus, par habitude bien sûr. Avoir la douloureuse impression d'être un automate doté d'une simple membrane aux battements timides. Des battements parfois revigorés par une brimade hiérarchique, elle aussi inquiétante et difficilement surmontable. Nous voulons très vite l'oublier, Elle accroit notre sentiment de petitesse. Elle enlève des syllabes à nos patronymes, nous rendent plus ombre que notre propre reflet dans les eaux ternes d'une rivière polluée.
Oui, je la comprends celle qui passe devant moi tous les matins. Je l'ai déjà entendu en parler au téléphone, inconfortablement assise dans ce train de banlieue. Il l'a quittée il y a quelques jours à peine, sans délai et à peine avec paroles. Je la vois donc, portant chaque jour son c½ur à moitié éveillé dans le creux de son sein. Ses cheveux cachent le paroxysme de la tristesse qui règne en elle. Ses yeux, comme pour camoufler non pas un malheur général mais un malheur détaillé, regardent dans le vide. La chair de cette fille est totalement polluée, imprégnée de malheur. Le chagrin couve mais, timide, il n'éclora qu'une fois la demoiselle seule dans son purgatoire. Oui, ce garçon ne l'aimait pas, il n'avait eu aucune raison de l'être puisqu'il lui suffisait de puiser en sa provisoire moitié le trop plein d'amour qu'elle pouvait lui offrir. Oui, c'est donc totalement vidée de ce qui faisait son bonheur que je la vois passer. Une réflexion me vient brusquement à l'esprit: mais nos déchéances sont les mêmes, elles sont unies par leur cruauté insatiable et tenace. Puis je me mets à relativiser: Non, si la vigueur angoissante de nos déchéances respectives est à peu de choses près la même, il n'y a qu'au travail que je suis dans mon enfer. Cette fille, son enfer la suit partout... sans aucune flamme.

# Posté le jeudi 26 novembre 2009 18:05

La douane du bonheur

La douane du bonheur
La délicieuse tiédeur des draps l'enveloppait dans sa somnolence abyssale. Tout autour de lui semblait en repos, mais si vivant à la fois. Peut être était-ce le fait que sa douce moitié se trouvait à ses côtés, paisiblement endormie. Il laissa échapper un long et puissant soupir et se tourna lentement face à elle. Dans cette obscurité des plus intimistes, il caressa le bout de son menton féminin avec ses doigts. Les pores de la sylphide brune diffusaient une agréable chaleur humaine. Tout près de cette ébauche avenante et torride, il pressa son corps apaisé contre elle. Sa parfaite nudité contre la sienne; il avait envie de se sentir au plus proche de sa femme, d'humer sa chevelure en bataille, de baiser le creux de son épaule, de ne faire qu'une seule et même ombre dans cet entremêlement de chair matinal.
La lumière du puissant Râ diffusait de modestes rayons à travers les volets de leur chambrée. Ils demeuraient figés, leurs deux c½urs proches l'un de l'autre, simplement séparés par le torse du rimeur et la poitrine de sa compagne. Il pouvait entendre sa respiration rauque et légère ainsi blottie dans ses bras. Peut-être rêvait-elle du plus tendre des câlins, sans doute se sentait-elle couvée d'amour, inconsciemment, dans son sommeil, par son homme prévenant?
Parce qu'il n'avait plus envie de dormir et qu'un regain de tendresse le taraudait, il se dégagea lentement de cet enlacement écarlate puis se mis à genoux face au corps nue de sa muse au repos. Il admirait ce dos divin, toutes ces discrètes ondulations de chair qui constituaient la silhouette de sa fiancée, les adorables redondances de ses fesses. Amoureux, ses sentiments gorgés de passion, il commença à masser de ses mains l'anatomie de la ravissante nymphe au teint couleur or. Il put se délecter des légers soupirs émanant de sa bouche délicieuse de sa femme. Offrande journalière en attendant d'honorer le creux de ses cuisses.
Sa peau se caressait avec plaisir, onctuosité d'un derme dominé par l'amour le plus pur. Le tendre poète put soudainement déceler, au gré de ses caresses bienfaisantes, l'intime humidité de sa promise entre sa chair éveillé. Ils ne pouvaient plus tenir; mutuellement, l'envie trônait en souveraine sur leur peau. Il voulait la faire femme, encore et toujours. Elle souhaitait cette union brûlante, leur union, accouplement tonitruant dans la moiteur de cette pièce. L'ardent tison s'engouffra délicieusement dans les entrailles ruisselantes de la muse. Le va-et-vient continuel, et terriblement saisissant par l'amour de son entrain, acheva d'enchainer les deux corps des amants aimants. Adam et Eve désacralisés et sur un piédestal. Débauche de gémissement lorsque le chaud liquide se libéra dans ce qui n'était qu'eux. Une seule et unique ombre rougeoyante dans l'intimité de cette pièce où le lit semblait être leur domaine.
Ils s'embrassèrent, avides de plaisir...

# Posté le mardi 24 novembre 2009 18:08

Pont Neuf et vieux pompons

Pont Neuf et vieux pompons
J'arpente ce pont grandiloquent, marqué par des années d'histoire, qui enjambe majestueusement la Seine. Elle se floute, cette dernière, sous les trombes d'eau automnales. La ville entière dans sa décompression parisienne semble se délasser sous cette douche grisâtre. J'abhorre tout particulièrement ces sombres moments météorologiques... avec cependant un bémol. Oui, ces hideuses journées anthracite me sont moins oppressantes qu'avant. Comment l'expliquer? La réponse n'est pas difficile à trouver. Elle se situe dans l'antonymie d'un temps pluvieux, dans son contraire, à savoir les périodes estivales et leurs cortèges de vacanciers pâlots.
L'ennui, l'inactivité, et leur inaliénable solitude qui les accompagne. Oui, si le frais soleil dans les prémices d'une longue journée d'été me réjouit, je ne peux cependant exprimer qu'un désagréable malaise lorsque vient enfin les heures de pointe marquées par le brouhaha intempestif des pantins affairés, de la ribambelle d'amis enfiévrés, et par notre silencieuse errance, triste, sous ces chênes vulgairement touffus grâce au soleil. Ne s'agissait-il donc pas d'une providence perturbatrice lorsque les premiers et fidèles cumulus prirent leurs aises dans le ciel de la capitale? Mauvaise influence qu'un temps gris! Atrabilaire promenade sous cette voûte dépressive! Pompon final. Je ne sais plus quoi penser. Ni soleil, ni pluie. Un simple ciel blanc ne serait-il pas l'antidote face à ce mal-être humain? J'espère la neutralité météorologique et temporelle. Pauvre parisien difficile face aux aléas du troupeau économique. Le clapotis des gouttes sur le pavé onctueusement moulu, les infimes projections d'eau sur le rebord des quelques fenêtres. Il fait bien tristounet sur le boulevard Saint-Germain alors que le règne des affairés vient de choir sous les intempéries.
La douleur d'un vide profond m'assaille toujours autant, mais elle est réfrénée par cette généralisation du cafard. J'ose contempler le ciel rinçant, de toute sa verve, les monuments et corniches haussmanniennes. L'errance a du bon, pour le besoin. L'errance a du mal, pour la conscience humaine. Pauvre citadin, infime grain de sable... ton devenir est comme ton assise: incertaine. Dame Tour Eiffel, dans sa magnificence la plus ostentatoire, ne te renverra que ranc½ur face à tes désirs de gloire. Je cherche pour ma part le zest d'extraction modestement onirique qui pourrait me faire planer vers des dédales plus prolifiques. Mais sous la pluie endiablée, trempé jusqu'à l'os, je me mets à penser soudainement à mon petit confort.
Elle est belle cette vie, cette vie dans Paris; elle est belle cette vie, cette vie sans pluie. Cette existence morose accordant des violons qui ne sonneront point car nous sommes rarement tolérants. Elle est belle cette vie, cette vie sans Paris; elle est belle cette vie, cette vie dans le Quercy. Vie rurale, vie urbaine, soit disant oxymore. Vie de terre ou de ciel, engendrent toutes une même mort.

# Posté le dimanche 22 novembre 2009 18:06

Prévenance d'aube

Prévenance d'aube
Des paysans lui avaient fait boire de la liqueur de force, l'avaient saoulée pour abrutir sa conscience et pouvoir profiter d'elle. La jeune femme s'était échappée de cette ferme où elle avait cru trouver l'hospitalité. Mais ces autochtones vulgaires et ivres avaient eu autre dessein dans leur crâne engourdi par la rusticité implacable des lieux. Elle s'était enfuie par delà les chemins rocailleux, tombant sans cesse sur les cailloux tranchants et lacérée par les ronces sauvages. C'était la nuit. La forêt hululait autour de la jeune femme. Seule et apeurée, elle quémandait de vive voix celui qui devait la rejoindre. Fichu contre temps que cette ignoble séquestration! Le poète venait de mettre pied sur le quai de la gare. Malgré l'heure tardive de son arrivée il loua immédiatement un fiacre afin d'arpenter la campagne de fond en comble, de retourner chaque fourrée. Et c'est là qu'ils se trouvèrent... elle au bord de la route et lui galopant à vive allure. Des larmes étaient éparpillées sur son visage, il sauta de la carriole et l'emmitoufla dans ses bras. Le cauchemar était fini...
L'aube se leva sur le vert paysage, avec ce ciel couleur pamplemousse, cet exotisme purement terrien, ne possédant pas de frontières. La petite auberge fumait tranquillement et la nature aphone semblait s'être tue pour ne pas troubler le sommeil réparateur de la jeune femme aux mèches brunes. Elle était là, allongée sur le dos, gisant confortablement dans ce lit moelleux. Le dandy rimeur, encore vêtu de sa redingote de la veille, étalait ça et là un chiffon imbibé d'alcool sur les ecchymoses de ce petit corps. Elle n'eu point besoin de lui dire, il constata cet état en s'occupant d'elle, après lui avoir enlevé ses oripeaux humides. Il l'avait veillée toute la nuit, lui ayant fait remplir, avec l'aide du tenancier de l'auberge, une pleine baignoire d'eau chaude relevé d'une pointe de sel de bain aromatique. Cela l'avait délassé et maintenant seul son souffle apaisé se faisait entendre, chaleureux témoin d'un sommeil profond. Ses yeux s'ouvrirent lorsqu'il passa sa main dans ses cheveux inertes. Une pupille éclatante le regarda, soulagée. Il lui déposa un baiser sur la bouche.
La couleur agréable et poétique parfumait littéralement la pièce de son éclat juvénile. Fraîcheur de l'atmosphère et des retrouvailles. Les deux amants silencieux s'endormirent comme pour narguer la lumière du jour. Il la câlina... la sachant reposée.

# Posté le vendredi 20 novembre 2009 18:06

Lyrisme sur objectif

Lyrisme sur objectif
Les clichés se succédaient en cette heure tardive où le noirâtre rend chaque artère urbaine rigoureusement identique. L'obscur progressait peu à peu sous l'objectif de la jeune photographe. Elle se sentait perdue mais ne trouvait point cela désagréable. Cernée par tant de plans de vue épique, son monde l'enveloppait de son lyrisme en noir et blanc. Il avait beaucoup plu sous les arcades du jour, et les cumulus nauséabonds de fin d'après-midi avaient légué des chaussées détrempées à l'½il artistique de la jeune photographe. Cette dernière avait beau acquiescer la trotteuse temporelle, le fait d'être une promeneuse solitaire du soir, il lui était tout bonnement impossible de se déconnecter de cette verve photogénique.
Qu'il était bon de se prélasser dans son univers pictural! Chevalet grandiloquent d'artiste peintre dont elle pouvait humer l'odeur vivifiante! La brise du soir câlinait son nez froid et ses doigts figés sur le bouton de l'appareil. Aux aguets, encline à saisir le beau, le vide et l'irréparable système, elle évoluait sur le bitume humide, consciente de son pouvoir d'immortalisation. Scrutatrice aux yeux de pluie et à l'esthétisme nomade.
Les tuiles de la maison souriaient sans passion à l'objectif du soir. Mais la jeune photographe s'en moquait, seul le brut, l'authenticité du naturel lui était essentiel. L'idée de répéter inlassablement les mêmes détails au gré de ses découvertes citadines occasionnait en elle un relatif découragement. Une légère rue bordée de maison et jonchée de flaques de clair de lune se présenta soudainement à elle. Qu'elle ne fut pas sont étonnement devant un si intense breuvage d'hématomes urbains. Le laid du crépuscule s'était endimanché de manière si subtile, si emphatique que la pellicule, en rafale, dévorerait en ogre les moindres détails du paysage. C'est satisfaite, son appareil photo repu par tant de clichés gouleyants, qu'elle tourna les talons pour rejoindre ses pénates en cotonnade. Bien entendu que ces petites virées nocturnes étaient primordiales à son lyrisme de photographe, mais la perspective de faire partager à autrui ces ½uvres sombres l'enchantait tout autant... comme une générosité de haut étage... à la fraternité numérique...
Elle pressait le pas...
photo de luciearras

# Posté le mercredi 18 novembre 2009 18:07